Les médecines alternatives ont le vent en poupe

«CES MEDECINES NOUS FONT DECOUVRIR LE POUVOIR DU PSYCHISME»


Interview du Dr Edouard Zarifian*, Psychiatre. 


ELLE. La pratique des médecines alternatives peut-elle laisser espérer une baisse de la consommation des psychotropes ? 

EDOUARD ZARIFIAN. Pas seulement des médicaments psycho­tropes, mais de tous les médicaments ! Nous consommons trois fois plus de médicaments psychotropes que nos voisins européens. Cela dit, donner un neuroleptique à quelqu'un qui délire, ce n'est pas abusif, mais prescrire des benzodia-zépines à quelqu'un qui a une anxiété banale existentielle apporte plus de nuisances que de bienfaits. D'autant que nous avons bien d'autres possibilités d'agir : la phytothéra­pie, l'hypnose, l'acupuncture, toute technique qui n'intro­duit pas un corps étranger chimique dans l'organisme. Il est regrettable que, à l'heure où on souhaite démarrer une cam­pagne pour limiter la consommation d'hypnotiques, on choisisse de dérembourser la phytothérapie ! 

ELLE. Est-ce l'effet placebo des médecines alternatives qui peut concurrencer tes psychotropes ? 

E.Z. Entre autres. Et ce placebo - autrement dit, la puissance du psychisme sur le corps - aura d'autant plus d'effet qu'il s'exercera dans le cadre d'une interaction entre deux psychismes. Il ne peut pas y avoir d'effet placebo sans la pré­sence d'un autre être humain qu'on a investi du pouvoir de nous guérir. Une étude en double aveugle placebo contre placebo, publiée récemment par le « British Médical Journal », illustre cette supériorité de l'interaction humaine par rapport aux médicaments, face à la douleur. On a pris un premier groupe de malades à qui on a donné un placebo. A l'autre groupe, on a fait des pseudo-séances d'acupunc­ture : eh bien, l'acupuncture a eu sur la douleur des résultats bien supérieurs aux médicaments. Pourquoi ? Parce que les malades ont investi l'acupuncteur du pouvoir de les guérir. L'effet placebo joue d'autant plus qu'il passe par l'entremise de quelqu'un que vous avez élu. 

ELLE. Mais cet effet placebo existe aussi dans la médecine classique ? 

E.Z. Bien sûr, le sujet souffrant s'adresse toujours à un gué­risseur, même dans la médecine traditionnelle. Mais la gran­de différence avec ce qui se passe dans les médecines alter­natives, c'est l'échange de parole, c'est le fait qu'il s'agit d'une médecine lente, globale, une médecine de la personne et non du symptôme, ou de la pathologie. Et puis cette médecine-là repose sur une vraie philosophie du soin. 

ELLE. Une philosophie du soin qui induit un autre rapport au corps ? 

E.Z. Précisément ! C'est une médecine qui permet de trouver en soi-même des ressources insoupçonnées, de se faire confiance et de découvrir le pouvoir du psychisme sur le corps. Or ce pouvoir est incroyable : une anesthésiste du CHU de Liège expliquait qu'elle avait fait 5000 anesthésies sous hypnose. Elle expliquait aussi comment elle pouvait induire une diminution des saignements lors des opérations : en suggérant des images de froid polaire, elle provoquait une vasoconstriction. Il faudrait que la médecine s'intéresse à ça. On a des capacités psychiques formidables, le problème, c'est que, dans notre société marchande, on nous dissuade de les utiliser pour pouvoir nous vendre ce dont on a besoin. Alors que ce dont on a besoin, on l'a en nous.   


Interview d’Elisabeth Weissman 

*Auteur de « La Force de guérir » et « Le Goût de vivre, retrouver la parole perdue » (Odile Jacob).

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